Comment se développe le langage chez l’enfant ? Quelles sont les étapes de cette acquisition ?

L’enfant débute son apprentissage du langage dès la naissance, voire dès qu’il est dans le ventre de sa maman. « Il écoute tout ce qu’on dit, cela le stimule. L’enfant se sert de tout ce qu’il entend et de tout ce qu’il voit pour apprendre à parler », explique Alina Somphone, orthophoniste.

Depuis sa venue au monde, l’enfant acquiert la signification des mots, les mémorise : c’est comme cela qu’il enrichit son vocabulaire. Cette compréhension se développe d’ailleurs plus vite que l’expression.

Le cheminement de l’acquisition du langage

Bien sûr, le développement du langage s’étale sur plusieurs années. Et ce dernier se décompose en étapes liées à l’âge. Les enfants étant tous différents et évoluant chacun à leur rythme, ces étapes sont à titre indicatives.

  • Avant 1 an

« Quand le bébé commence à faire des sons, il explore sa sphère buccale, il explore sa voix, les variations d’intonation, etc. Ce sont les bases pour pouvoir ensuite parler », précise l’orthophoniste. Cette dernière souligne également l’importance des parents, de l’entourage dans l’apprentissage du langage : « Quand l’entourage lui parle, l’enfant se saisit de tous les sons qui lui seront nécessaires pour parler ».

Après avoir émis ses premiers babillages, le bébé commence à communiquer : « d’une façon ou d’une autre, il essaye de se faire comprendre : par des cris, des regards, des pleurs, des sourires, du pointage. Ce n’est pas encore du langage à proprement parler mais c’est de la communication. Il teste tout ce qu’il peut pour communiquer », informe la spécialiste.

Il est important de différencier le langage oral et la communication : un enfant peut très bien communiquer sans langage oral. Dans la première année de vie, il est d’abord primordial que l’enfant présente une appétence à la communication avant même d’avoir la capacité de parler.

  • Vers 1 an

Au bout d’une année de vie, l’enfant commence à dire des mots – qui ne veulent pas forcément dire quelque chose, mais qui désignent des choses. « C’est sa langue à lui, souvent comprise par ses parents et entourage proche », explique Alina Somphone. Par exemple, il pourra dire « ouaf ouaf » pour désigner un chien.

C’est environ vers 12 mois que l’enfant commence à dire de vrais mots correspondant aux bonnes choses. Ce sont d’abord des mots qui font partie de son environnement quotidien : « Il va dire papa, maman, chien, voiture », informe l’orthophoniste. « Ce sont des mots isolés, ce ne sont pas encore des phrases ».

Toujours vers 1 an, l’enfant demande des choses : par exemple, il pourra dire « gâteau » s’il veut un gâteau. « Il va aussi commenter son environnement en énumérant tout ce qu’il peut voir. Et les parents, naturellement, vont réagir aux intentions de communiquer de leur enfant et vont acquiescer, valider, enrichir à leur tour le sujet en commun. Cette participation active des parents est primordiale dans l’apprentissage du langage oral puisqu’ils sont les modèles de leur enfant », explique la spécialiste.

La répétition des mots a aussi son rôle à jouer : « l’enfant répète tout ce qu’on lui dit. Et plus il répète, plus il apprend des mots, plus il enrichit son vocabulaire », ajoute Alina Somphone.

  • Vers 2 ans

« Le stock de mots connus continue à augmenter. A ce stade, l’enfant connait 100 à 200 mots. Les mots sont plus faciles à articuler car l’enfant acquiert les capacités motrices pour le faire », détaille l’orthophoniste.

A deux ans, l’enfant associe deux mots pour faire une phrase, comme : « papa maison ». Ce sont juste les prémices d’une phrase, nous explique-t-elle.

  • Vers 3 ans

Vers ses 3 ans, l’enfant commence à construire de vraies phrases avec sujet, un verbe, un complément. Les phrases sont le plus souvent au présent. Il pose aussi beaucoup de questions. Les phrases s’allongent au fur et à mesure, la grammaire se précise et le vocabulaire continue toujours à s’enrichir.

  • Après 3 ans

Avec l’entrée à l’école maternelle, l’enfant rencontre de nouveaux interlocuteurs, qui sont une nouvelle source d’apprentissages.

« Après 3 ans l’enfant peut normalement raconter des choses, faire des phrases plus longues », témoigne la spécialiste. Les variations de temporalité apparaissent (passé, présent, futur), les conjugaisons se précisent, les erreurs de syntaxe sont de moins en moins nombreuses. »

Bien sûr, les sons ne seront pas forcément tous bien maîtrisés. Certains sont en effet plus complexes à apprivoiser et il ne faut pas s’en inquiéter trop tôt. « Au niveau de l’articulation de certains sons, les enfants peuvent se corriger tout seuls jusqu’à 6 ans. Le cheveux sur la langue par exemple, s’il n’est associé à aucun autre retard d’acquisition, peut se corriger spontanément jusqu’aux 6 ans », précise Alina Somphone.

Quant au bégaiement, cela arrive souvent vers 3-4 ans. « Les enfants se mettent à bégayer parce qu’ils ont tellement de choses à dire que tout se bouscule dans la bouche. Ils n’ont pas encore tous les moyens (moteurs et cognitifs, dirons-nous) d’enchaîner leurs pensées », explique la spécialiste. Il faut toutefois aller consulter un orthophoniste pour qu’il puisse prodiguer aux parents des conseils pour ne pas que bégaiement s’installe. Ces séance n’auront pas forcément pour but de faire un travail direct avec l’enfant.

Passé 6 ans, si le bégaiement persiste, il faudra entreprendre un travail sur l’enfant lui-même au-delà des conseils aux parents.

L’orthophoniste ajoute qu’il est important de distinguer langage oral et parole : alors que le langage concerne le choix des mots, l’agencement de ceux-ci au sein d’une phrase et d’un discours, la parole concerne la réalisation orale des mots (articulation, enchaînement des sons et des syllabes des mots).

  • Vers 6 ans

Vers 6 ans, même si l’apprentissage du langage oral n’est pas encore terminé, il est proche de celui de l’adulte.