Certaines maisons d’édition se sont lancées dans l’adaptation ou la création d’ouvrages pour les personnes dys : dyslexiques, dysphasiques et autres. Qu’elles y soient entièrement dédiées ou y consacrent une collection, elles s’aident souvent d’un orthophoniste qui incarne le rôle crucial de conseiller.

Les personnes dites Dys (dyslexie, dyspraxie, dysphasie…) peuvent avoir une relation pénible à la lecture. « Difficultés à rentrer dans le décodage, confusions de sons, difficultés d’identification des mots, à plus long terme, elles gardent une lenteur de lecture », indique Monique Touzin, orthophoniste sur Paris.

Elle travaille notamment pour le dispositif Paris Santé Réussite qui lutte contre l’illettrisme, les troubles des apprentissages et les inégalités sociales de santé. Son activité principale consiste à dépister les enfants de CP-CE1 d’écoles partenaires en difficultés puis à rééduquer ceux qui ont des troubles du langage oral, écrit ou encore des troubles de la cognition mathématique.

Les troubles des personnes Dys peuvent donc altérer leur compréhension écrite. « Associée très souvent à la dyslexie, une dysorthographie, avec les mêmes erreurs qu’en lecture sur l’identification des sons et les conversions en lettres, provoque des erreurs de segmentation de mots, des erreurs sur les homophones et des difficultés à acquérir le lexique orthographique, très complexe dans notre langue », explique Monique Touzin.

Difficile de lutter contre la dyslexie, d’autant plus que ses origines sont encore obscures. Si deux physiciens pensaient en avoir découvert la source — la symétrie des « centroïdes de la tache de Maxwell », des récepteurs de lumière présents dans les yeux —, l’orthophoniste nous précise que des chercheurs en neurosciences leur ont demandé de cesser la médiatisation de cette étude, cette dernière ne contenant pas de « résultats scientifiques probants (pas de recul, pas assez de sujets, population peu définie) ».

Pour elle, « les origines les plus fréquentes de la dyslexie sont phonologiques (traitement du son) et non visuelles ». Elle nous signifie que son corps de métier est formé sur des approches neuropsychologiques, « prenant en compte les avancées des neurosciences sur les procédures de lecture ».

Monique Touzin a travaillé avec des maisons d’édition, notamment Rageot, pour créer des ouvrages palliant toutes ces difficultés. Son rôle ? Décrire les difficultés que peuvent rencontrer des personnes Dys ou des « enfants mauvais lecteurs » et travailler à l’adaptation de forme sur les textes pour que ces derniers « gardent le plaisir de lire ».

Dans le détail « il faut garder un récit clair dans sa structure et son vocabulaire (sans trop simplifier non plus), aérer le texte avec une police assez grosse, avoir des pages teintées pour éviter un contraste trop important avec l’encre noire, avoir un déroulé de l’histoire simple pour que les enfants ne se perdent pas dans des allers-retours compliqués, éviter des implicites trop difficiles à comprendre… ».

La difficulté est de trouver un juste milieu pour ne pas trop simplifier le texte. Par exemple, pour des passages dits implicites, les enfants ont besoin de certaines références ou informations qu’ils ne possèdent pas encore, du fait de leur âge. Il serait donc recommandé de les supprimer.

L’âge du public est décisif : « La difficulté est de ne pas infantiliser les plus grands et de leur donner aussi des textes qui enrichissent leur langage, leur vocabulaire. Pour les plus grands, on simplifie moins le vocabulaire ou les structures syntaxiques, on laisse de l’implicite pour les préparer à la lecture de textes plus compliqués. Il faut les aider à progresser et à pouvoir aborder une littérature des enfants de leur âge », raconte Monique Touzin.

En plus des livres imprimés édités par les maisons d’édition, le filon numérique pourra être exploité pour la nécessité d’adaptation : ils permettront l’accès à des indications (sens des mots, prononciation) si nécessaire. « Cela permettrait de créer des livres avec des adaptations que l’enfant peut gérer selon ses besoins », conclut l’orthophoniste.

Source www.actualitte.com