Chaque mois, nous vous proposons de découvrir une pathologie prise en charge par les orthophonistes. Ce sont des notions essentielles à connaître pour vos oraux d’admission en CFUO ⁣⁣😉. Ce mois-ci, nous vous présentons la dysphasie.

La dysphasie est un trouble de l’apprentissage se manifestant au niveau de la communication et du langage. Plus la dysphasie est détectée tôt et le prise en charge précoce, meilleures sont les chances d’aider efficacement l’enfant à progresser.

Si la dyspraxie ou la dyslexie sont deux troubles bien connus de la famille des DYS, la dysphasie l’est beaucoup moins. Selon les chiffres de l’Inserm, elle toucherait environ 2% des enfants avec une proportion plus importante de garçons. La dysphasie est un trouble de l’apprentissage qui touche le développement du langage oral, l’enfant aura alors des difficultés à s’exprimer mais aussi à comprendre ce qu’on lui dit. La dysphasie a des répercussions sérieuses sur la vie de l’enfant, tant au niveau scolaire que sur le plan social. Le dialogue avec les autres est compliqué, l’apprentissage des leçons également. C’est pour cette raison qu’une prise en charge précoce est essentielle. Même si on considère qu’un diagnostic de dysphasie ne peut pas être posé avec certitude avant l’âge de 5 ans, des signes peuvent alerter beaucoup plus tôt.

Les différents types de dysphasie

Avant de s’intéresser aux symptômes du trouble, il est important de rappeler qu’il n’y a pas une dysphasie, mais plusieurs. La dysphasie peut être expressive, elle désignera alors des difficultés d’expression orale, réceptive, il s’agira ici d’une difficulté à comprendre le langage ou bien mixte.

Dysphasie : quels sont les signes qui doivent alerter ?

Selon l’association DYS-POSITIF il est possible de détecter des signes annonciateurs de la dysphasie dès l’âge de 2 ans ou 3 ans. À cet âge, on ne parlera pas encore de difficultés de langage mais plutôt de troubles ayant un impact sur la faculté de l’enfant à communiquer. L’enfant semble ne pas comprendre ce qu’on lui dit, il répète les mots quand on lui parle, il ne parle pas du tout ou très peu, utilise des mots simples au lieu de faire des phrases (« Gâteau » au lieu de « Je veux manger un gâteau »). Les enfants ayant du mal à s’exprimer, ils sont anormalement silencieux. Ils apprennent à lire, mais souvent plus lentement que les autres. À l’âge l’adulte, ce trouble de l’apprentissage du langage est plus difficile à repérer. Parmi les personnes concernées, beaucoup se débrouillent avec leurs difficultés, sans forcément demander de l’aide.

Parmi les symptômes qui peuvent orienter vers la dysphasie après trois ans on peut notamment évoquer :

  • un vocabulaire restreint,
  • des erreurs de syntaxe,
  • des difficultés à construire son discours,
  • des difficultés à trouver le bon mot,
  • une organisation des sons inadéquate au sein des mots,
  • une omission des mots de liaison,
  • une difficulté à expliquer une idée de manière verbale,
  • une utilisation très fréquente du langage gestuel,
  • des hésitations dans le discours,
  • une difficulté à comprendre les consignes,
  • une difficulté à percevoir les nuances dans le discours.

Dysphasie à l’âge adulte : quels sont les signes ?

Tout dépend du degré de sévérité du handicap. « Beaucoup d’adultes dysphasiques sont passés sous les radars de l’Education nationale », constate Marie-Hélène Marchand, neuropsychologue et orthophoniste. « Leurs difficultés orales ne se voient pas forcément dans la vie quotidienne. Mais on se rend compte qu’ils manquent de vocabulaire. On constate des anomalies syntaxiques dans les phrases complexes et des problèmes de concordance des temps. Ils ont également du mal à s’ajuster au discours des autres. ».

 

 

Difficultés à comprendre les sous-entendus

Très souvent, les personnes dysphasiques ne saisissent pas les «non-dits», tous ces sous-entendus couramment employés dans une conversation entre adultes. « Ils ne comprennent pas le deuxième degré et les nuances de langage. Du coup, ils ont beaucoup de mal à gérer les codes sociaux. C’est comme s’ils étaient plongés dans un pays dont ils ne comprennent pas bien la langue », confirme Martine Rousseau, présidente et membre de l’association Avenir Dysphasie France.

Pour donner un exemple, un dysphasique ne va pas comprendre une phrase à double sens comme « j’en ai plein le dos ». Il va la prendre au premier degré, se focaliser sur le dos, sans percevoir la fatigue sous-jacente. Une vraie source de malentendus.

Dysphasie, comment est établi le diagnostic et quelle est la prise en charge ?

Avant de s’orienter vers un diagnostic de dysphasie, il faudra s’assurer que les difficultés de l’enfant ne sont pas liés à d’autres facteurs comme une maladie, un problème auditif, un trouble psychologique, un déficit intellectuel ou même une malformation au niveau de la sphère buccale qui pourrait l’empêcher de s’exprimer correctement. Si une prise en charge en orthophonie n’a rien donné, l’enfant va alors être évalué par une équipe pluridisciplinaire associant un psychomotricien, un orthophoniste, un pédopsychiatre et un neuropsychologue. Un protocole sera ensuite mis en place afin d’accompagner l’enfant et va associer de l’orthophonie intensive, l’ergothérapie, une prise en charge auprès d’un psychologue et d’un psychomotricien.

La rééducation à l’âge adulte est plus difficile que chez l’enfant. Chez un enfant dysphasique, le parcours est relativement balisé. Une fois repéré le retard d’apprentissage, des séances d’orthophonie sont prescrites. Elles permettent à l’enfant de surmonter en partie son handicap en l’aidant à mieux s’exprimer. Cette rééducation du langage chez un orthophoniste est possible à tout âge. Mais, en pratique, cette prise en charge est plus difficile à mettre en œuvre que pour un enfant : « Dégager une heure par semaine pour se rendre chez un orthophoniste n’est pas évident. Les adultes sont très vite repris par leurs obligations familiales et professionnelles, et abandonnent. Finalement, l’important chez l’adulte est l’identification du problème et la pose du diagnostic », constate Marie-Hélène Marchand.

Par ailleurs, compte tenu de la pénurie d’orthophonistes, beaucoup de praticiens donnent la priorité à l’accueil des enfants pour la prise en charge de la dysphasie. « Il est très difficile de trouver des professionnels qui acceptent de s’occuper d’adultes », regrette Martine Rousseau. Il est également possible de consulter un neuropsychologue, mais ces professionnels de santé ne sont pas nombreux. Formés à la psychologie, ils ont une spécialisation dans les troubles de la mémoire ou de l’attention. Comment souvent, les associations comblent en partie ce déficit de prise en charge.

Quelles sont les conséquences de ce trouble du langage oral au quotidien ?

La dysphasie complique le rapport aux autres. Ces difficultés de compréhension ont un impact important dans le milieu professionnel avec, par exemple, des difficultés à intervenir dans les réunions à plusieurs et à comprendre le propos ; ou encore des difficultés à développer ses motivations lors d’un entretien d’embauche. Mais le problème se pose aussi dans la vie privée. Marie-Hélène Marchand se souvient d’une de ses patientes, souvent en colère contre son mari. « En réalité, il y avait un vrai problème de compréhension du langage dans ce couple », explique-t-elle.

Comment savoir si on est dysphasique et qui consulter ?

Le diagnostic de dysphasie a souvent été posé dans l’enfance. Mais ce n’est pas toujours le cas. Un adulte qui se débat avec des difficultés d’élocution et de compréhension du langage peut en parler à son médecin traitant. Le cas échéant, celui-ci l’orientera vers un orthophoniste ou un neuropsychologue. Le diagnostic de dysphasie chez l’adulte se fait parfois de manière fortuite à l’occasion d’un bilan professionnel, comme en témoigne Marie-Hélène Marchand : « En général, ils nous consultent dans les périodes de changement, par exemple avant de prendre un nouveau poste. Certains nous demandent une évaluation dans le but de choisir la bonne orientation. D’autres – en général ceux qui n’ont pas été dépistés dans l’enfance – essaient de comprendre pourquoi ils rencontrent des difficultés professionnelles ».

Dysphasie et travail : quels métiers peut-on exercer ?

Dans la dysphasie, il n’y a pas de déficience intellectuelle. Mais le handicap que représentent les troubles du langage et les difficultés d’expression rendent problématique l’accès à certains métiers. « On imagine mal une personne dysphasique devenir avocat, commercial ou psychologue », note Marie-Hélène Marchand. Mais, les dysphasiques ont d’autres atouts. Dès l’école, ils se montrent plutôt doués en maths, une forme de langage avec laquelle ils sont plus à l’aise que dans le domaine littéraire. Nombre d’entre eux font de brillantes études dans le domaine de l’informatique ou de la finance. En revanche, les personnes atteintes d’une dysphasie sévère, ou qui présentent d’autres troubles «dys» (dyslexie, dyscalculie…) ont un parcours plus chaotique. « Certains sont orientés vers un travail en milieu protégé ou un poste adapté en milieu ordinaire », constate Martine Rousseau.

Faut-il faire reconnaître ce handicap ?

Dans ce contexte, la reconnaissance de la qualité de travailleur handicapé (RQTH) peut être utile, même si certains dysphasiques préfèrent ne pas s’en prévaloir devant leur employeur ou leurs collègues de travail. Dans tous les cas, la démarche est à effectuer auprès d’une Maison départementale des personnes handicapées (MDPH). « Cette RQTH ouvre des droits à la retraite et, si le taux de handicap est important, à l’allocation adulte handicapé (AAH). Par ailleurs, les entreprises sont soumises à des quotas d’embauche de personnes reconnues handicapées. La RQTH ouvre également la possibilité d’aménagements de postes », explique Martine Rousseau. Pour certains, en particulier ceux qui ont des troubles dyslexiques, des logiciels d’aide à l’écriture et à la lecture peuvent faciliter le travail sur ordinateur. L’association les présente sur son site internet (rubrique Aide au langage).

Permis de conduire et troubles dys : des stages aménagés

Le permis de conduire est nécessaire dans certains emplois. Mais l’épreuve du code peut être difficile pour certains adultes dysphasiques. Les associations ont obtenu des aménagements pour toutes les personnes présentant des troubles dys. L’épreuve du code se déroule sur une période plus longue et elle peut être passée trois fois. L’association Avenir Dysphasie donne des conseils détaillés sur son site (rubrique Emploi).

Les associations : une aide précieuse

L’association Avenir Dysphasie a mis en place des clubs afin de permettre à de jeunes adultes de se rencontrer et de progresser ensemble. Des sorties et des week-ends sont organisés en commun. « Nous avons un groupe de 25-35 ans qui font du théâtre, encadrés par un art-thérapeute. Ils travaillent beaucoup sur les habiletés sociales lors des séances d’improvisation », explique Martine Rousseau. À Bordeaux et à Issy-les-Moulineaux, des web-radios ont vu le jour, sous l’égide d’un journaliste professionnel (à retrouver sur Youtube). Là encore, c’est l’occasion de travailler son élocution. « Et pourquoi pas s’entraîner au grand oral du bac », se réjouit Martine Rousseau qui compte bien renouveler l’expérience.

 

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